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Catégorie : Discours

Manuel Valls candidat à l’élection présidentielle

Manuel Valls candidat à l’élection présidentielle

Le 5 décembre à 18h30 à Evry, Manuel Valls annonce sa déclaration à l’élection présidentielle.

Retrouvez le texte de son intervention :

Je suis ici à Évry, dans ma ville, celle de ma famille, de mes enfants, ma ville de coeur. Une ville intense, attachante, jeune, populaire. Cette ville où on se parle toujours directement, avec franchise. Cette ville qui est une école de la vie. Alors oui, je suis candidat à la présidence de la République.

J’ai cette force en moi, cette volonté de servir mon pays. C’est au-delà des mots, c’est une conviction totale. Je veux tout donner, tout donner pour la France qui m’a tant donné. Ministre, premier ministre, j’ai fait mon devoir, vous me connaissez, sans jamais me ménager, avec énergie, en parfaite loyauté avec le souci constant d’être à la hauteur de la mission que m’a confié le chef de l’État.

À François Hollande, je veux dire mon émotion, mon affection. Sa décision est celle d’un homme d’État qui place l’intérêt général au-dessus de tout. Je veux lui dire la chaleur de mes sentiments. Ils se sont forgés à jamais dans le prix douloureux que notre pays a payé dans son engagement pour la liberté. Je veux lui dire ma très grande fierté d’avoir assumé ces responsabilités immenses, intenses et d’avoir engagé des réformes essentielles pour la France, pour la compétitivité, pour notre école. Au coeur des difficultés, je n’ai jamais cédé à la tentation, à l’individualisme. Le service de la France est bien plus grand que soi.

Le temps est venu d’aller plus loin dans mon engagement. Le sens de l’État me fait considérer que je ne peux plus être premier ministre tout en étant candidat. Je quitterai mes fonctions demain car je veux, en toute liberté, proposer aux Français un chemin.

Pourquoi ma candidature? Pourquoi donner cinq ans de plus à la gauche? Je suis candidat parce que la France doit peser de tout son poids dans un monde qui ne ressemble plus à celui qu’il était: menace terroriste, poussée de l’extrême droite… Je veux une France indépendante, inflexible sur ses valeurs.

J’ai cette expérience et je veux la mettre à profit. Je ne veux pas que le France revive le traumatisme de 2002. L’extrême droite est aux portes du pouvoir. Son programme ruinerait les petites gens et les retraités. Il nous ferait sortir de l’Europe, et de l’histoire. À nous tous de la renvoyer dans les cordes. Je veux me battre contre la droite, son candidat, son programme, ses vieilles recettes des années 80, qui nous présente comme une avancée un recul social généralisé. Je me bats aussi contre le candidat de la droite. Je ne veux pas que les fonctionnaires travaillent plus pour gagner moins. Je ne veux pas que nos enfants aient moins de professeurs. Je ne veux pas que l’on casse notre sécurité sociale.

Ma candidature, c’est aussi une révolte. Je suis révolté au fond de moi-même que la gauche soit disqualifiée de la présidentielle. Cette révolte je veux la faire nôtre. Je constate la division. Mais jusqu’à quand allons-nous subir ce spectacle ? Il y a une exigence de rassemblement, il y a une envie de se retrouver. Moi-même, j’ai pu avoir des mots durs, susciter des débats, des incompréhensions mais j’ai toujours assumé les décisions collectives. C’est ça aussi les décisions de la gauche. C’est mon histoire. Nous sommes différents mais nous sommes ensemble», continue Manuel Valls, candidat à la présidentielle 2017.

Chacun devra faire un effort, moi le premier. Il faudra être digne, se dépasser. Ma candidature est le candidature de la conciliation, de la réconciliation. Je pose un premier acte pour l’unité. Rassembler, car enfin, quand on a gouverné avec Mitterrand, Jospin, Hollande, on partage quelque chose de grand, de fort, un vrai combat pour le progrès, pour la justice sociale. C’est une histoire. Je veux faire gagner ce qui nous rassemble. La primaire est un formidable moyen de nous faire gagner. J’invite tous les Français qui refusent l’extrême droite, la régression sociale que propose François Fillon. Mobilisez-vous !

La gauche est grande, est belle, quand elle parle à tous les Français et qu’elle rassemble, quand son destin se confond avec celui de la France. La France a besoin de la gauche. La laïcité, qui est notre bouclier pour assurer la tolérance, pour protéger, pour que dans ce pays nous puissions croire ou ne pas croire. L’égalité est un combat fondamental, la fraternité qui fait que la France est une nation où chacun est préoccupé du sort de son prochain. Ne jamais fermer les yeux sur la pauvreté, les oubliés, les mal logés, les précaires, les humiliés de la vie, leur redonner la dignité de la vie.

L’esprit français est la liberté. Il est indocile et rebelle. Et en 2015 nous l’avons payé par le sang. L’esprit français, c’est penser en grand pour le monde, comme nous l’avons fait avec la COP21. L’esprit français c’est la culture. Notre patrimoine, notre langue que des dizaines de millions d’hommes et de femmes parlent à travers le monde.

Cet esprit français je veux l’incarner, le faire respecter, l’entretenir. C’est pour moi une mission fondamentale. Mais je veux lutter contre les communautarismes, la ségrégation sociale, le racisme, l’antisémitisme, les discriminations qui nous fracturent. J’en ai assez de ces discours qui nous divisent. Et pourtant, chaque fois que je vais dans une commune, une école, une entreprise, je ressens la même émotion.

Chaque jour des personnes se mobilisent pour ceux qui ont faim. Il y a des ressources dans la société française. Il y a un optimisme, une générosité. Les Français ont besoin de retrouver un esprit, celui d’une société moins dure, plus solidaire, plus fraternelle. Nous partageons tous une belle idée de la France. Je veux mettre la France à la hauteur d’un monde nouveau. Je veux que les classes populaires retrouvent leur dignité. Je veux les aider à construire ce pays que nous aimons.

Dans ce nouveau monde, l’État a un rôle à jouer. L’État doit être l’expression politique de la nation, qui protège contre la sécurité, la délinquance, la menace terroriste, un État décentralisé, présent, présent dans les territoires urbains, ruraux et dans les territoires d’Outre-mer. Un État bien géré, modernisé, plus efficace. Je veux poursuivre la baisse durable de l’impôt pour les classes moyennes et populaires. Je veux que notre République fasse davantage confiance aux Français. À l’heure où certains veulent gouverner par ordonnance, il faut davantage impliquer les citoyens. Nous devons inventer, je proposerai un nouvel équilibre pour nos institutions entre l’exécutif, le Parlement qui doit assumer plus de responsabilités et les citoyens qui doivent être mieux associés, davantage consultés.

Ici à Évry, je veux que la jeunesse, toute la jeunesse de mon pays, réussisse. Je sais parfaitement que nous n’avons pas encore répondu à ses attentes. L’épanouissement naît de la capacité de chacun de réaliser des projets, et pas seulement de la richesse financière. La réussite ne se mesure pas au montant du compte en banque, mais à la lumière que l’on a dans les yeux. Et je veux que tous mes compatriotes retrouvent cette lumière.

Nous sommes dans un moment historique, grave et passionnant qui est le fruit d’un paradoxe. Alors que l’histoire semble terminée, le peuple, le grand peuple n’a jamais eu autant envie de reprendre les reines de son destin. On nous dit que la gauche n’a aucune chance, mais rien n’est écrit. On nous dit que l’extrême droite est qualifiée d’office pour le second tour, mais rien n’est écrit. On nous dit que François Fillon est déjà élu président de la République, mais rien n’est écrit. Nos vies valent mieux que les pronostics. Notre vie, c’est nous qui l’écrivons.

Je veux que nous conduisions la gauche vers la victoire, donnez moi cette force. Mobilisez-vous. Venez nombreux au mois de janvier. Je veux faire gagner tout ce qui nous rassemble.